Dans l’excellent livre Petites leçons de vie, Sophie Carquain propose d’aider nos enfants à mieux comprendre les autres.
Comprendre les gens méchants
Dans les dessins animés ou les livres pour enfants, les gentils et
les méchants sont facilement reconnaissables : les gentils sont
généralement beaux et souriants, alors que les méchants sont laids et
crient beaucoup. Ce type d’histoires apprend aux enfants que le monde
est noir ou blanc, qu’on est soit gentil, soit méchant, que ceux qui
crient sont méchants par nature (alors qu’on peut crier ponctuellement
sous le coup de la fatigue, de la peur, de l’agacement…), que la beauté
est associée à la gentillesse, que la laideur est à fuir.
On peut avoir l’air méchant parce qu’on se sent faible.
Quand on a peur, on cherche à se protéger par tous les moyens, on
cherche une sorte d’armure de protection. Certains, adultes comme
enfants, vont alors choisir d’être méchants comme carapace.
Les enfants qui jouent les durs se sentent souvent faibles ou menacés
à l’intérieur. La méchanceté n’est rien de plus qu’un moyen de défense
dans ce cas.
On peut être méchant parce qu’on est considéré comme un moins que rien.
Quand personne ne porte attention à quelqu’un, quand personne ne lui
sourit ou ne lui adresse de mots agréables, quand personne ne se soucie
de ses sentiments, de ses émotions, alors ce « quelqu’un » peut se
sentir tellement abandonné qu’il en devient méchant. C’est encore pire
quand il entend des phrases comme « Je ne t’aime plus ».
La bonne nouvelle est qu’il suffit de lui adresser des mots gentils
et des sourires pour qu’il se découvre gentil. On n’est pas condamné à
être méchant à vie :-).
On peut être méchant parce qu’on a mal, parce qu’on souffre.
Les personnes qui souffrent ont tellement mal qu’elles ont envie de
se débarrasser de leur douleur en la donnant aux autres. C’est
l’histoire de la sorcière Karaba dans Kirikou : elle souffre d’une épine
plantée dans son dos et est tellement obnubilée par sa propre douleur
qu’elle n’arrive pas à être gentille.
Mais le problème est que plus on est méchant avec les autres, moins
ils nous aiment, plus on ajoute à la souffrance initiale. Encore une
fois, la bonne nouvelle est que la méchanceté pourra disparaître avec la
douleur, comme c’est le cas à la fin du film Kirikou et la sorcière.
On peut être méchant parce qu’on nous a dit qu’on l’était.
Les étiquettes posées
par les adultes aux enfants du type « Tu es méchant(e) », « Tu es
nul(le) », « Tu es mauvais(e) » peuvent devenir des réalités. Les
enfants deviennent ce que l’on pense d’eux. A force d’entendre des
jugements sur son être, sur sa personnalité, l’enfant l’intériorise et
devient en quelque sorte prisonnier de ce rôle qu’on lui attribué
d’office.
L’enfant ne sait plus être gentil mais il suffit que quelqu’un
s’occupe de lui, se soucie de lui, lui dise des mots gentils pour le
transformer.
L’amour et la confiance des autres peuvent nous transformer en de vrais gentils. Sophie Carquain
dimanche 31 mai 2015
Cette année notre spectacle de printemps a de nouveau été un grand succès ! Merci aux enfants, aux parents et bien sûr à la compagnie : http://www.zephirine-cie.com/ qui nous a émerveillés !
mercredi 22 avril 2015
Un petit rappel
jeudi 5 mars 2015
Aborder la séparation par le toucher
Quand Karine Stock m’a dit qu’en tant qu’haptonome, elle pouvait aborder le sujet de la séparation
en réunion à thème, ça m’a de suite interpellée. Parce qu’on aborde
cela de bien des façons mais je n’avais jamais envisagé de le faire par le toucher.
Comment accompagner l’enfant à se séparer, quand son parent le confie à une tierce personne ou qu’il le couche le soir ?
Karine est donc intervenue sur ce sujet
fin janvier. Elle a expliqué les différentes étapes du développement de
l’enfant, qui entrent en cause dans la démarche de séparation.
Par exemple, avant 6 mois, bébé croit
qu’il fait partie de sa mère. Puis, petit à petit, il comprend qu’il est
une personne à part entière. D’où l’angoisse du 8ème mois
(qui peut survenir avant ou après l’âge des 8 mois), quand bébé croise
un visage étranger, qu’il vit une situation nouvelle ou que son parent
s’éloigne. C’est normal ! C’est une étape qu’il vit, qu’il faut
accompagner et qu’il traversera. ça le fait grandir. Ensuite, il
acquière sur plusieurs mois ce qu’on appelle la permanence de l’objet
: il comprend que l’objet ou la personne existe, même s’il ne le voit
pas. Le jeu de cache-cache est top à cet âge là : « je suis caché, tu ne
me vois pas, ah me revoilà ! » ou quand l’enfant s’amuse à jeter son
doudou de la poussette, il ne le voit plus. On le lui redonne, le
revoilà ! Et souvent, il recommence ! ça nous agace mais c’est dans la
répétition qu’il assimilera et puis, en faisant ça, il crée un lien, un
jeu avec l’adulte : il aime ! Bon, on est en droit de lui dire « stop » à
un moment quand même
Mais du coup, il comprend que son parent qui s’éloigne, existe toujours et qu’il va revenir.
Avant 8 mois environ, l’enfant ressent une angoisse de morcellement
: il se croit en pièces détachées. Il a besoin de toucher ses mains et
ses pieds pour prendre conscience de la construction de son corps.
L’enfant a passé neuf mois de sa vie
dans un milieu liquide, maintenu de toutes parts par la pression
amniotique, sans être soumis à la pesanteur. Puis il est violemment
projeté dans le monde aérien. Cela peut provoquer chez lui une angoisse de « chute sans fin », tant qu’il n’a pas le sens intime de sa peau et de ses limites corporelles propres. (Hélène STORK, « ENFANCE (Les connaissances) – La petite enfance », Encyclopædia Universalis)
L’enfant a donc besoin de se toucher et d’être touché pour être rassuré.
Karine et Déborah Dassi, monitrice de portage « Aux portes du coeur », ont insisté sur l’importance de bien porter l’enfant :
- le soutenir par la base : une main sous les fesses pour que bébé sente son poids reposer sur quelque chose,
- ne pas le porter sous les aisselles, jambes pendantes : imaginez-vous suspendu au-dessus du vide !
- garder bébé contre soi aussi longtemps que possible quand on le prend
ou qu’on le pose, l’accompagner, pour éviter cette angoisse de chute.
Oui, ça demande de se baisser du coup.
Karine a ajouté qu’il fallait que les
parents se sentent en confiance quand ils confient leur enfant, qu’ils
n’hésitent pas à parler de leurs éventuelles angoisses à la personne qui
s’occupera de leur bébé, qu’ils expliquent aussi ce qu’ils ressentent à
leur petit, avec des mots simples, en ajoutant que c’est une étape et
qu’ils vont y arriver, que tout se passera bien. Prendre le temps de se
dire « au revoir », donner des repères temporels à l’enfant : « je viens
te chercher après le goûter », ne pas partir en catimini sinon le
loulou aura le sentiment d’avoir été abandonné quand il réalisera que sa
maman ou son papa est parti… et ne pas revenir : si l’on part et que
l’on revient pour un dernier bisou, ça envoie comme message : je suis
inquiet.
Elle nous a aussi expliqué qu’en haptonomie, le regard est un toucher à distance. Il est donc bon pour que l’enfant se sente enveloppé, contenu, sécurisé, de lui parler en le regardant dans les yeux.
A partir de 20 secondes, un câlin a un
effet thérapeutique sur le corps : il produit de l’ocytocine. Cette
hormone permet de se détendre, de se sentir en sécurité et de calmer
craintes et anxiété. On ne peut donc que recommander un câlin au moment
de se séparer, pour se dire « au revoir ».
La tierce personne qui accueille
l’enfant a un rôle important aussi : rassurer le parent et j’ajouterais :
ne pas se sentir dévalorisé ou autre si le parent a des craintes. Il ne
remet pas en question nos compétences mais il a peur et est sûrement
triste. Rassurer l’enfant aussi. Et accompagner la séparation, en respectant la bulle proximale de chacun.
Et là, un grand merci à Karine : on n’y faisait pas forcément
attention… Quand le loulou est dans les bras de son parent, qu’il est
l’heure de se quitter, on s’approche d’eux, on tend les bras et on prend
l’enfant. La bulle proximale, on la connait mieux sous le nom d’espace vital.
Pour que la séparation se fasse la plus douce possible, il faut que le
parent, l’enfant ET la tierce personne ouvrent leur bulle. Il faut que
chacun soit prêt à laisser l’autre s’approcher. Si je prends le bébé des
bras de son parent qui n’est pas tout à fait prêt, bébé ressent le
malaise de sa maman ou de son papa et ne sera pas dans les meilleures
conditions pour dire « au revoir ». Si j’accueille l’enfant sans être
prête, il risque de le ressentir aussi. Donc prendre le temps. Ne pas se
précipiter. J’attends maintenant un signe du parent ou de l’enfant pour
tendre les bras et je m’approche toujours d’eux doucement.
On a vu que le toucher rassure, calme, apaise. Karine nous a conseillé de faire des massages en jet d’eau
sur le dos de l’enfant : en gros, faire descendre ses doigts le long du
dos du loulou, doucement, plusieurs fois. J’ai essayé à la crèche, avec
un enfant âgé de 18 mois qui avait un gros chagrin suite au départ de
sa maman. Je lui ai proposé de venir sur mes genoux et j’ai fait ces
petits massages, en lui laissant le temps de se calmer. ça me paraît
important d’ajouter que je ne lui ai pas demandé d’arrêter de pleurer.
Lui dire « arrête de pleurer », c’est lui renvoyer l’idée qu’il n’a pas
le droit de le faire. Ce qui n’est pas le cas. Il a le droit d’être
triste et de pleurer. Et ça fait parfois du bien de pleurer. De plus, si
l’on ne permet pas à l’enfant de vider son sac émotionnel,
le prochain chagrin risque d’être plus fort (le reste du 1er chagrin +
le second = chagrin ++). Idem pour la colère. Et cet enfant s’est
apaisé. J’ai réitéré avec un loulou encore dans les bras de sa maman :
en lui faisant ces petits massages, il s’est détendu et j’ai pu lui
proposer de venir avec moi.
Avant le coucher, il peut être bon de
faire un massage à son enfant, pour le relaxer. Ou de le bercer : de
droite à gauche et non d’avant en arrière car ce dernier mouvement
stimule l’activité…
Karine nous a montré un bercement ample. Comment vous dire …. Tout le monde a été impressionné lors de la réunion !
L’idée, c’est que quand l’enfant est agité, énervé, on le berce
amplement pour se caler sur son niveau d’énergie. Petit à petit, il va
se calmer et le rythme de notre bercement aussi. Pour au final, devenir
un bercement léger et doux. ça, il faut l’apprendre avec un haptonome.
On peut pas le faire comme ça, n’importe comment, à mon sens. Il faut
bien se positionner et placer ses mains correctement sur bébé. Et
expliquer aux gens autour ce qu’on fait parce que quelqu’un qui ne
saurait pas, pourrait se poser des questions ! Mais c’est intéressant.
Il y a plein de petits trucs pour aider au coucher :
- le préparer, avec une ambiante plus douce au moment du repas, peu de bruit, lumière tamisée,
- on a parlé du massage, on peut aussi proposer un bain aromatique,
- ritualiser : histoire, comptine…
- chuchoter des mots d’amour, etc.
Et si il y a des difficultés à la
séparation, au coucher notamment, il peut être bon de se demander si la
grossesse ou l’accouchement (qui est la première séparation) ne
pourraient pas avoir un lien. Si l’un des deux a été mal vécus, même si
on a l’impression de l’avoir digéré : est-ce la cas au fond… peut-être
pas pour bébé. Karine propose de travailler sur le vécu émotionnel. Beaucoup de personnes l’ont rencontrée pour cela et les témoignages sont très positifs. ça peut être une piste.
Moi, je suis convaincue par
l’haptonomie, pendant et après la grossesse. On crée un lien, on
transmet beaucoup, on communique par le toucher.
A la réunion, un papa témoignait : il a accompagné sa femme lors de sa
grossesse à des séances d’haptonomie et il racontait qu’il avoir pu
construire un lien avec son bébé in utéro, parce que lorsqu’il posait sa
main sur le ventre, bébé s’approchait, par exemple. Et du coup, quand
son petit est né, il avait le sentiment de déjà le connaître et a été
plus serein lors des séparations. J’adore !
Présentation de la fondatrice de l'Institut Loczy, le Dr Emmi Pikler
Le Dr Emmi Pikler est une pédiatre hongroise qui, en
1946, fut chargée de diriger l'Institut Loczy (Budapest), une
pouponnière où les enfants, agés de quelques semaines à 3 ans, vivaient
24 heures sur 24, privés momentanément ou définitivement de leurs
parents. Elle met en place une certain nombre de pratiques qui depuis,
sont mondialement reconnues et ont été adoptées par d'autres milieux
d'accueil.
Emmi Pikler s'appuyait sur une conception novatrice du bébé
qu'elle considérait comme un être capable d'exprimer ses besoins, de se
faire comprendre et d'interagir avec son entourage, s'il rencontrait
des adultes prêts à l'écouter et à prêter de l'attention à ses
manifestations. Elle pensait que le bébé était un puissant acteur de son propre développement et qu'il pouvait réellement devenir un partenaire actif dans les soins qui lui étaient prodigués par les adultes de son entourage.
Elle s'appuyait également sur des travaux originaux qu'elle avait menés sur le développement moteur desjeunes enfants.
C'est grâce à ses observations d'enfants laissés libres de leurs
mouvements que le Dr Pikler acquit une connaissance très fine et
complète du développement moteur de l'enfant. Le crédo d'Emmi Pikler
était qu'il ne faut ni empêcher un enfant de se mouvoir (par exemple en
le laissant des heures attachés dans un transat) ni le mettre dans une
position qu'il ne sait pas encore prendre de lui-même, afin qu'il puisse
atteindre les différents stades moteurs à son propre rythme, dans une
grande sécurité corporelle, en éprouvant le sentiment de sa propre
efficacité et en acquérant de ce fait une confiance en ses capacités
personnelles.
Les grandes lignes de la pédagogie Pikler-Loczy
Le Dr Emmi Pikler élabore 4 principes directeurs qui guident l'action de chacun au sein de son établissement:
Valeur de l'activité autonome:
développer le goût pour l'activité autonome est essentielle pour que
les enfants deviennent des adultes "créatifs et responsables", et ce par
l'expérimentation des situations. Il est nécessaire que l'activité
naisse de l'enfant lui-même pour qu'il l'investisse, avec une
"auto-induction" (activitée spontanée) qui renforce le résultat positif.
Les enfants sont donc totalement libres de leurs mouvements - tout en
étant protégés des dangers. L'adulte ne fait que placer l'enfant dans
des situations qui correspondent à son âge, met du matériel à sa portée,
respecte le rythme de ses acquisitions motrices et l'aide à prendre
conscience de ses accomplissements.
Valeur d'une relation affective
privilégiée et importance de la forme particulière qu'il convient de lui
donner dans un cadre institutionnel: la nécessité d'une
relation affective privilégiée et continue avec un adulte permanent
nécessite une grande constance dans les attitudes éducatives et un
engagement du personnel dans une "relation réelle mais consciemment
contrôlée, dans laquelle l'adulte ne fait pas peser sur l'enfant sa
propre affectivité et ses attentes personnelles". Les soins sont donc
individualisés au possible, et l'enfant n'est jamais seul: il y a
toujours un adulte à portée de vue ou de voix.
Nécessité de favoriser chez l'enfant la
prise de conscience de lui-même et de son environnement et de partager
l'importance de la verbalisation du vécu: par la "régularité
des événements dans le temps et la stabilité des situations dans
l'espace", mais surtout lors des soins, on aide l'enfant à découvrir qui
il est, ce qu'il fait, quel est son environnement... On stimule
beaucoup sa participation pour lui permettre de s'exprimer et de devenir
un adulte "autonome et responsable". On parle à l'enfant pour le
prévenir de ce qu'il va se produire, pour lui expliquer ce que l'on est
en train de faire. Ce partage verbal permet à l'enfant d'anticiper les
événements et de pouvoir réagir (interaction entre enfant et adulte).
Importance d'un bon état de santé qui sous-tend, mais aussi résulte de la bonne application des principes précédents:
chaque enfant bénéficie d'un régime individualisé concernant son
alimentation, son cadre de vie et le déroulement de sa journée. On
privilégie un maximum la vie au grand air. L'organisation de cette
institution n'a donc rien à voir avec un établissement hospitalier, mais
s'apparente plutôt à une "maison à caractère familial".
Dans la pratique
Offrir un environnement stable, fiable
et prévisible comme assise indispensable à la sérénité physique et
psychique dont un bébé a besoin pour déployer ses forces pour grandir:
un nombre restreint d'adultes interviennent auprès d'un même groupe
d'enfants, de leur arrivée dans l'Institut jusqu'à leur départ. Cette
constance favorise la mise en place d'une relation privilégiée et
significative. Elle donne confiance à l'enfant, stimule son
développement psychomoteur et intellectuel. La régularité du déroulement
des journées scandées par un certain nombre d'événements prévisibles
permet à chacun de s'orienter dans le temps, de pouvoir anticiper ce qui
va se passer pour lui et d'être sûr de pouvoir compter sur l'adulte
présent pour lui assurer la satisfaction de ses besoins corporels et
être attentif à ses intérêts, à ses plaisirs, à ses désirs.
Le plaisir que prend l'enfant dans les soins est primordial, cela favorise son désir d'autonomie.
Les soins permettent également la construction de la relation affective
avec l'adulte qui s'occupe de lui et la prise de conscience de son
propre corps. Les temps des soins (repas, change,...) sont privilégiés
comme des moments individualisés de rencontre entre enfant et adulte sur
lesquels s'étaie la création d'une relation intime et personnelle.
L'enfant est toujours considéré comme comprenant. Les soins sont donnés
sans précipitation, avec un souci constant de "faire appel à la
participation" de l'enfant, quel que soit son âge: l'adulte lui parle en
expliquant ses gestes et ses réactions, il lui présente l'objet qui va
être utilisé, et il utilise les gestes spontanés de l'enfant, toujours
dans le but de développer sa "coopération active". Les soins sont donnés
dans un ordre rigoureux. Chaque enfant a son tour pour les soins. Cela
permet de supprimer en partie les temps d'attente si pénibles, puisque
chaque enfant s'habitue à l'ordre des soins. Mais il a son propre rythme
veille-sommeil.
Les repas sont donnés selon le même principe que les soins.
Ici encore, l'absence de hâte, l'attention de l'adulte envers l'enfant
et le confort des enfants donnent une impression de contact réel de part
et d'autre et efface la brièveté.
Les jeux libres et les activités autonomes:
les enfants sont placés dans des situations favorisant cette activité
autant que possible. Pour cela, on tient compte à la fois du rythme de
l'enfant, de l'espace, du matériel de jeu. L'adulte observe
et n'intervient que rarement, de façon à ne pas interférer de façon
directe dans le jeu (sauf si l'enfant est en situation difficile). Il
maintient les conditions optimales à l'activité auto-induite, commente
les progrès et favorise la prise de conscience.
LA MOTRICITE LIBRE
La liberté motrice consiste à laisser libre cours à tous les
mouvements spontanés de l'enfant, sans lui enseigner quelque mouvement
que ce soit.
Le nourrisson sera toujours posé sur le dos tant qu'il ne sait pas, de lui-même, se tourner sur le ventre. Cette position sur le dos est celle qui permet le plus de détente (absence de tension pour soutenir sa tête) et le plus de possibilités d'activités propres à cet age (tourner sa tête, mouvoir ses jambes, ses pieds, ses bras et ses mains, bouger son tronc). Un enfant ne sera jamais mis dans une position qu'il ne sait déjà prendre de lui-même
(on ne le mettra pas assis, ni debout avant qu'il ne le fasse de
lui-même), on ne lui apprend pas à acquérir ces postures : il les
découvre de lui-même, à partir de sa maturation neurologique et au gré
de ses intérêts et de son désir d'expérimenter un nouveau mouvement.
L'enfant essaie de nouveaux exercices, non pas poussé par un adulte qui
attendrait de lui performances et précocité, mais parce qu'il se sent
prêt à explorer une nouvelle possibilité, il en a envie et s'en perçoit capable.
Bien sûr, pour que l'enfant puisse développer sa motricité, un certain nombre de conditions sont nécessaires :
Une relation harmonieuse et porteuse de sens avec les adultes qui prennent l'enfant en charge
Des conditions matérielles, telles qu'un espace
suffisant, un environnement riche et varié qui donne envie d'agir, des
vêtements adéquats qui n'entravent pas les mouvements. De même, un
enfant n'est jamais immobilisé dans une chaise, par exemple, ou gêné
dans ses mouvements par un babytrot
Au cours des contacts avec l'adulte, des " conditions posturales
" évitant de provoquer, de manière répétitive, des crispations de
l'enfant (manière de le prendre pour le soulever, de le tenir, de le
porter, de lui donner des soins…)
L'utilisation d'accessoires, de même que l'intervention directe de
l'adulte dans l'acquisition de certains mouvements résulte souvent de l'inquiétude des adultes
(" si on n'apprend pas à marcher à notre enfant, il ne saura jamais
marcher tout seul ") ou d'un souci de fortifier les muscles et de lui
faire faire des exercices moteurs. Or, toutes ces aides que l'adulte
pense apporter à l'enfant entravent un développement harmonieux de sa
motricité en provoquant des crispations empêchant la coordination de
l'ensemble des parties du corps.
E. Pikler a constaté chez tous ces nombreux enfants qui ont développé
leur motricité de façon spontanée et par leur activité autonome,
l'apparition successive de postures fondamentales. De plus, tous ces
mouvements libres de l'enfant sont eux-mêmes autant " d'exercices de
gymnastique " qu'il expérimente puis maîtrise peu à peu, et ce
sont ces exercices répétés des centaines de fois qui vont permettre à
l'enfant de découvrir l'organisation dynamique globale de son corps, de
ses différents muscles et ainsi le préparer peu à peu à toutes les
positions successives de plus en plus complexes dont finalement les
postions assise et debout.
Alors que l'enfant assis dans une chaise ou calé avec des coussins,
avant qu'il ne sache s'asseoir de lui-même, va se trouver " cloué " sur
place, immobilisé, réduit à une même et unique posture ; il ne pourra
même pas jouer avec des objets car son équilibre est si précaire qu'un
mouvement pour attraper un jouet tombé va le déséquilibrer. Ces
enfants mis dans des positions qu'ils ne maîtrisent pas, restent
tributaires de l'adulte malgré leur agilité et leur mobilité
grandissantes dans d'autres postures, déjà maîtrisées.
Cette liberté motrice permet à chaque enfant de se développer selon son
rythme et les tableaux d'E. Pikler nous montrent une large dispersion
des âges auxquels chaque enfant acquiert une nouvelle posture et
favorise un bon équilibre, une bonne qualité de mouvement qui font
constater, chez ces enfants, une grande harmonie et aisance corporelle.
Cette
maîtrise de leur motricité se répercute sur le développement de toute
la personnalité de ces enfants et influence leur développement psychique
: ils acquièrent l'assurance dans leur corps ainsi que la
prudence et apprennent à réagir avec adresse aux incidents inattendus et
chutes qui peuvent accompagner leurs jeux.
Ces mouvements participent à la construction d'une sécurité intérieure
et d'une conscience de leur propre valeur, de leur compétence ; en
expérimentant et découvrant leurs possibilités motrices, ces enfants
développent un esprit d'initiative, une curiosité et un intérêt pour la découverte du monde, ils font preuve d'attention et de persévérance dans leurs tentatives ; ils découvrent le plaisir de l'activité riche, autonome et éprouvent un sentiment de réussite.
Ces mouvements actifs des enfants, dont ils prennent l'initiative,
jouent un rôle prépondérant dans le développement de l'intelligence :
connaissance du corps propre mais aussi du monde extérieur et des
objets. Ils participent à toute démarche d'apprentissage et donc de connaissance en général.
Ce développement de l'activité autonome des enfants ne signifie
nullement l'indifférence des adultes : chaque enfant a besoin de
partager sa joie avec un adulte qui lui est cher, lorsqu'il fait une
acquisition nouvelle. Les adultes sont attentifs aux progrès des enfants
et y participent en organisant un environnement approprié
aux besoins de développement de chaque âge et en recherchant les
conditions de cette activité autonome de l'enfant. L'attitude de
l'adulte favorisant cette liberté motrice s'inscrit dans une attitude
générale qui consiste à respecter l'enfant, à le considérer
comme une personne capable d'initiative et de décision pour ce qui le
concerne lui seul : son corps.